Le RN premier parti de France : ce n’est plus un cauchemar,
c’est une réalité. Refuser de poser la question de savoir comment le cauchemar
est devenu réalité n’est sans doute pas le meilleur moyen d’y mettre fin.
Alors qu’en 2002, l’accession de Le Pen père au second tour
avait suscité une émotion considérable – des manifestations de masse suivies
par un vote tout autant massif de rejet – il n’en est plus de même 22 ans plus
tard, avec la banalisation de la rhétorique d’extrême-droite et son acceptation
dans une large partie de l’opinion publique. Une banalisation que n’expliquent,
quoiqu’en disent de savants experts, ni l’impopularité de l’actuel président ni
la situation économique et sociale d’un pays, qui, en dépit de ses défauts et
de ses injustices, reste l’un des plus riches du monde. L’analyse facile selon
laquelle le vote d’extrême-droite serait d’abord un vote de colère, de
frustration, de la pauvreté (ce « sentiment d’abandon » cher aux chroniqueurs…
) n’est pas crédible : on peine à comprendre pourquoi les plus démunis – au nom
desquels d’éminents spécialistes s’autorisent à parler – apporteraient leur
suffrage à un projet politique déconnecté de toute analyse économique et
sociale un peu sérieuse (le démontage des éoliennes chez Le Pen…) mais
concentré sur l’expulsion des immigrés et la fermeture des frontières.