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vendredi 21 novembre 2025

L'école publique doit-elle vraiment "faire nation" ? (Le Café pédagogique)

 

Dans sa tribune pour le Café pédagogique (03/11/2025), Djéhanne Gani, rédactrice en chef, partant d’une critique de l’enseignement privé sous contrat et de son financement, lui oppose une école publique idéale qui n’a jamais existé… et dont rien ne laisse à penser qu’elle puisse un jour exister. Une analyse très ambiguë.

samedi 14 juin 2025

Suzanne Citron, les juifs français, Israël... Gaza

 

« …française d’origine juive, je ne ressens en moi aucune affectivité irrationnelle ni indulgence confinant à la cécité à l’égard d’Israël. J’exige le droit de me réclamer d’une origine juive et de voir en Israël un état parmi les autres… »

mardi 24 septembre 2024

Contre la droite (extrême ou non) : l'autonomie de l'école

 

Dans un contexte politique délétère, remettre en cause le principe d’une Éducation nationale centralisée et autoritaire, loin de conduire à la privatisation du système public d’éducation, pourrait au contraire éloigner la perspective de le voir tomber dans le giron de l’extrême-droite.

dimanche 11 août 2024

Aux JO comme à l'école, en finir avec la Marseillaise

 

Avec les JO, drapeaux et hymnes nationaux agités et clamés jusqu’à l’overdose. Comme une évidence, comme s’il n’existait pas d’autres moyens de manifester sa joie collective. Comme si le bonheur d’être ensemble ne pouvait s’exprimer qu’à travers l’image du sang impur qui abreuve les sillons. Comme si toute société, pour faire du commun, n’avait jamais rien imaginé de plus approprié que le recours forcené à une identité nationale dont l’histoire est effectivement celle du sang versé...inutilement.

vendredi 2 août 2024

Corporatisme et enseignement de l'histoire (Suzanne Citron)

 

Dans un article publié en 1977 (1), Suzanne Citron s’intéresse aux réflexes corporatistes qui caractérisent la Société des professeurs d’histoire et de géographie de l’enseignement secondaire (SPHG, fondée en 1910, devient en 1975 Association des professeurs d’histoire et de géographie, APHG), une tendance forte qui conduit à des compromissions politiques (non remise en cause du colonialisme, par exemple) et à un blocage pédagogique, une résistance aux changements initiés ou souhaités notamment par Jean Zay ou, à la Libération, par Langevin-Wallon.

Presqu’un demi-siècle plus tard, cette analyse de Suzanne Citron trouve sans difficulté son prolongement dans la constatation d’une persistante inhibition autour du fétichisme des programmes scolaires ou de la formation des enseignants.

mercredi 10 juillet 2024

Des enseignants contre l'extrême-droite : bien mais peuvent mieux faire...

 

A la veille des élections, un collectif d’enseignants dénonçant la menace qu’une victoire de l’extrême-droite ferait peser sur l’école : une démarche certes opportune à un moment où cette menace n’a jamais été aussi forte. Mais comme un malaise à la lecture de cet appel.

« Instiller des idées et des débats nauséabonds (…) des candidats (…) englués dans des considérations ethniques et racistes » : si l’extrême-droite n’a effectivement jamais fait mystère de ses objectifs, le contre-argumentaire manque de poids en ne prenant pas ses distances avec une rhétorique qui est précisément celle que l’on prétend dénoncer.

lundi 10 juin 2024

Le venin dans les têtes, le venin dans l'école

 

Le RN premier parti de France : ce n’est plus un cauchemar, c’est une réalité. Refuser de poser la question de savoir comment le cauchemar est devenu réalité n’est sans doute pas le meilleur moyen d’y mettre fin.

Alors qu’en 2002, l’accession de Le Pen père au second tour avait suscité une émotion considérable – des manifestations de masse suivies par un vote tout autant massif de rejet – il n’en est plus de même 22 ans plus tard, avec la banalisation de la rhétorique d’extrême-droite et son acceptation dans une large partie de l’opinion publique. Une banalisation que n’expliquent, quoiqu’en disent de savants experts, ni l’impopularité de l’actuel président ni la situation économique et sociale d’un pays, qui, en dépit de ses défauts et de ses injustices, reste l’un des plus riches du monde. L’analyse facile selon laquelle le vote d’extrême-droite serait d’abord un vote de colère, de frustration, de la pauvreté (ce « sentiment d’abandon » cher aux chroniqueurs… ) n’est pas crédible : on peine à comprendre pourquoi les plus démunis – au nom desquels d’éminents spécialistes s’autorisent à parler – apporteraient leur suffrage à un projet politique déconnecté de toute analyse économique et sociale un peu sérieuse (le démontage des éoliennes chez Le Pen…) mais concentré sur l’expulsion des immigrés et la fermeture des frontières.

jeudi 4 avril 2024

Financement public de l’école privée : les non-dits d’une question biaisée

 

Un rapport parlementaire sur l’école co-écrit par la droite et la gauche : le rapport d’information Vannier (LFI) – Weissberg (Renaissance) sur le financement public de l’enseignement privé sous contrat n’est pas sans ambigüité. En dépit de quelques divergences entre les auteurs, lorsque la droite et la gauche s’accordent sur l’école, c’est rarement l’école qui y gagne.

vendredi 8 mars 2024

L’Éducation nationale : « un ordre étatique du savoir (...) une structure totalitaire » (Suzanne Citron)

 

Curieuse par sa genèse – terminée en 1978 mais refusée par plusieurs éditeurs – cette publication posthume de Suzanne Citron (2024) intéressera tout spécialement les enseignants. Car cette réflexion foisonnante, remontant à l’origine des hommes, aboutit tout naturellement à la question scolaire. En fil rouge, « une mise en ordre symbolique du monde », transmise en héritage au fil des siècles par une élite lettrée laissant à l’écart toute une partie de la société, privée des codes qui lui permettraient de se l’approprier. Pour Suzanne Citron, la césure entre activité manuelle et activité intellectuelle, légitimée par la hiérarchie traditionnelle – oratores, bellatores, laboratores – s’est transmise sans beaucoup de changements jusqu’à nos jours, notamment par l’intermédiaire de l’école, aboutissant à un appauvrissement arbitraire du principe d’éducation (cette vieille méfiance des éducateurs pour le corps et l’activité physique…) et s’avérant, quel que soit le régime politique, comme un redoutable outil de sélection sociale. A juste titre, Suzanne Citron rappelle comment Ferdinand Buisson, directeur de l’enseignement primaire en 1879 et reconnu comme l'un des promoteurs de l'école dite "républicaine", opposait les « aptitudes intellectuelles qui font l’homme » et les « aptitudes pratiques qui font l’ouvrier ».

jeudi 11 janvier 2024

L'histoire à l’école entre sondage d'opinion, illusion mémorielle et commande politique.

 

Un grand classique de la manipulation de l’opinion sur les questions scolaires : ce nouveau sondage (Opinionway) censé montrer l’ignorance des jeunes (16-24 ans) sur le passé et l’incapacité de l’enseignement de l’histoire à former des citoyens. Un sondage massivement repris dans les mêmes termes catastrophistes par les médias et dont il ressort plutôt que la commanditaire, Chloé Morin, politologue de profession, est tout autant ignorante de l’histoire que de son enseignement.

mardi 2 janvier 2024

Vœux de Macron, vieux Macron

 

Les vœux présidentiels ? Traditionnellement un exercice convenu auquel il serait vain d’accorder une signification particulière. Mais la place accordée à l’école – inhabituelle en ce genre de circonstance –  perçue comme le vecteur d’un « réarmement civique » et la connotation fortement nationaliste du discours confirment que, pour l’école et plus globalement pour les jeunes, l’année 2024 est celle de tous les dangers.

lundi 20 novembre 2023

"La légende dorée d'une France europhile..."

 

Avec ce petit livre (155 pages), écrit avec la clarté et la concision propres à un auteur qui connaît son sujet, Matthieu Calame, qui doit principalement sa réputation à ses travaux sur l’agronomie et l’agriculture, s’intéresse, pour le mettre à mal, au discours prétendument europhile des élites françaises dont l’action a bien plus souvent consisté à freiner voire à saboter la construction d’une Europe fédérale qu’à la mettre en chantier. Partant de l’histoire de la Suisse, qu’il connaît bien, pour l’élargir à celle de l’Europe, il cite volontiers Tocqueville – une référence logique quand on veut bien admettre que la République a hérité de l’Ancien régime une forme d’absolutisme qui la distingue (pas en bien…) de ses voisins, Cheikh Anta Diop, mais aussi – heureuse surprise – Suzanne Citron.

vendredi 10 novembre 2023

Première Guerre mondiale : « pour en finir avec l’historiographie héritée »... à l'école

 

L’hommage aux morts dérivant vers un hommage à la guerre par la magie des programmes scolaires : ce 11 novembre ne déroge pas aux (mauvaises) habitudes, avec ses rangées d’élèves au garde-à-vous devant le drapeau, encadrés par les Anciens d’Algérie dont la présence habituelle dans les cérémonies dites du souvenir confirme plutôt qu’en ce domaine, l’Education nationale, grande organisatrice de la mémoire collective, aurait plutôt la mémoire courte… De fait, même si, au cours des dernières décennies, l’approche pédagogique  de la Première guerre mondiale a, dans une certaine mesure, diversifié ses objets, cette période de l’histoire n’en reste pas moins dominée – surtout à l’école primaire – par un souci de morale civique singulièrement teintée de patriotisme : c’est à travers ce prisme déformant – « rendre hommage à ceux qui firent le sacrifice de leur vie »  – que l’Education nationale avait conçu sa participation – et surtout celle, plus ou moins forcée, des élèves – au centenaire de la guerre, notamment par un partenariat privilégié avec le ministère de la Défense et les associations d’anciens combattants, dans une perspective résolument patriotique et militaire.

vendredi 29 septembre 2023

"Pour un aggiornamento de l'idée laïque" (Suzanne Citron)

 

Le 18 septembre dernier, l’Éducation nationale, à laquelle rien n’échappe en matière de toilette vestimentaire et de fanfreluche, repérait parmi les 12 800 000 élèves fréquentant les 59 650 établissements dont elle a la charge, cinq « cas de port d’abaya ». Des cas assurément pendables puisque, considérées à elles seules comme une menace pour la république, les jeunes filles réduites à des « cas », font l’objet, de la part du pouvoir politique relayé sur le terrain par une administration aux ordres, d’une obsession de tous les instants, à laquelle les médias ont donné un écho assourdissant. Incontestablement, la laïcité a changé de nature : historiquement symbole de tolérance et de liberté de conscience, elle a pris place aujourd’hui au rang d’une religion d’état au service d’un régime politique lui-même sacralisé quoique rarement identifié. Un évangile (les valeurs dites de la république), une profusion de textes canoniques, tout un personnel de grands prêtres chargés de la surveillance intransigeante de l’ensemble d’une jeunesse depuis peu obligatoirement scolarisée ; toute « atteinte » au principe de laïcité étant susceptible de déboucher sur une plainte au pénal, la laïcité, en se faisant objet de culte, a récupéré une inquiétante fonction qui n’avait jamais été la sienne : surveiller et punir.

Dans les années 80, sa critique de l’enseignement de l’histoire et du système scolaire donnait à Suzanne Citron l’occasion de remettre en question une vision déjà « anachronique et contradictoire » de la laïcité. Élargissant sa réflexion, elle appelait de ses vœux une « révolution intellectuelle » qui placerait les élèves dans leur diversité au cœur des préoccupations éducatives. Il y a 40 ans, avec la publication dont je reproduis ici quelques passages, Suzanne Citron ne pouvait sans doute pas imaginer la dérive infernale qui, partant de la fabrication d’impensables « affaires du foulard », étouffant la laïcité dans des considérations identitaires (la laïcité « à la française »), allait lancer l'école dans une chasse aux sorcières dont on ne voit pas la fin et la déstabiliser jusqu’à lui faire perdre une bonne partie de sa légitimité.

jeudi 24 août 2023

Derrière les lamentations sur la chronologie perdue, une conception identitaire de l'histoire à l'école

 

Rétablir un enseignement chronologique de l’histoire ? Un grand classique de la rentrée : en reprenant bruyamment ce thème éculé, en flattant une opinion publique sensibilisée à l’histoire par des amuseurs médiatiques aux prétentions d’historiens, en lorgnant toujours plus vers l'électorat d'extrême-droite, la tirade de rentrée de Macron s’inscrit dans un champ idéologique dont la nature n’échappe à personne : en réalité, derrière les lamentations sur la chronologie perdue, avec l'affligeant visage du roman national, c'est une conception identitaire de l'histoire scolaire qui s'affirme.

vendredi 30 juin 2023

"Les fiascos de l'Etat républicain"

Des émeutiers souvent très jeunes, à la peau sombre : on pressent que d’ici peu, l’école sera à nouveau conduite au banc des accusés, sommée de rendre des comptes, accusée d’avoir failli à sa mission éducative et civique. Comme en 2005, comme en 2015, les mêmes accusations - « à l’école, on a laissé passer trop de choses… » (Valls après les attentats) - les mêmes censeurs bloqués dans un système de références héritées du passé (un passé d’ailleurs souvent fantasmé), déconnectées du monde d’aujourd’hui. En réponse à ce chœur des pleureuses, on renvoie à la lecture toujours stimulante du Mythe national de Suzanne Citron, notamment dans les extraits ci-dessous où elle dénonce les "fiascos de l'état républicain". Si l’on tient vraiment à impliquer l’école dans les troubles d’aujourd’hui, encore faudrait-il que ce soit pour de bonnes raisons... et pour en tirer les bonnes conclusions. On peut toujours rêver...

mercredi 22 mars 2023

L’agrégation : stérilité intellectuelle, appauvrissement humain

Il y a quelques jours, la Société des agrégés montait au créneau pour prendre la défense des concours de recrutement… au nom de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ce qui ne manque pas de piquant pour un corps dont la création doit plus à Louis XV (1766) et à Napoléon (1808) qu’à la Révolution de 1789 et qui s’illustre par un attachement sans faille à un tabou qu’on peut considérer comme une des sources du blocage du système éducatif. Sur ce type de recrutement déconnecté de la réalité, le témoignage de Suzanne Citron est une nouvelle fois précieux ... et un peu désespérant : ce qui était vrai il y a 70 ans, l'est toujours, sinon davantage aujourd'hui.

mardi 18 octobre 2022

" Histoire d'une nation" : l'école fait son cinéma... et triste figure

"Histoire d'une nation : l'école".Un titre qui fleure la blouse grise et les coups de règle sur les doigts. Un documentaire qui multiplie les contre-vérités, les poncifs, les anachronismes pour donner l’image fantasmée d’une époque qui ne l’est pas moins.

mercredi 12 octobre 2022

Un " tabou historiographique " : la Révolution française vue par Suzanne Citron

C’est tendance : depuis plusieurs semaines, la France dite insoumise s’est lancée, à la suite de son chef, dans une scabreuse comparaison entre la France de 1789 et celle de 2022, rêvant d’un assaut contre l’Elysée dans la continuité de la marche des femmes sur Versailles en octobre 1789 ou encore faisant des salariés-actionnaires de Total les héritiers d’un petit peuple confronté aux disettes récurrentes de cette même période. Pas moins. L’anachronisme de l’analyse n’a pas vraiment troublé les certitudes des militants qui semblent avoir oublié cette saine maxime de L. Febvre : « l’histoire qui sert est une histoire serve ».

De fait, à plus de deux siècles de distance, seule une singulière sacralisation de la Révolution française autorise une récupération politicienne qui n’apporte rien à la compréhension d’un événement que Suzanne Citron considère comme l’un des éléments constitutifs du « Mythe national », composante obligatoire d’une religion à visée patriotique enseignée aux enfants des écoles, au même titre que la succession des rois, des batailles, balisée par la galerie de portraits officiels toujours au programme d’histoire de l’école élémentaire.

Dans les extraits qui suivent (succincts mais le lecteur intéressé peut se reporter au texte intégral, dernière édition, 2017), tirés du « Mythe national » (première édition, 1987), Suzanne Citron analyse les biais et les failles de cette vision partielle et partiale de la Révolution française.

vendredi 9 septembre 2022

Rentrée 2022 : « grand » débat sur l’école. Après beaucoup d'autres. Pour ne rien changer ?

A l’ordre du jour de la présente rentrée, un débat, censé donner la parole aux acteurs de l’école pour identifier les besoins, les difficultés du système éducatif. Un débat nécessairement « grand », nécessairement « fondateur »… comme l’Education nationale aime à en monter très régulièrement et dont les résultats sont généralement inversement proportionnels à la communication qui les accompagne. Consultation d’autant plus artificielle que, dans le meilleur des cas, elle ne peut rendre compte que de problèmes connus de longue date, tout comme leurs solutions, qui nécessiteraient des remises en cause auxquelles s’opposent avec constance la virulence de la tradition et la pusillanimité politique. Problèmes et difficultés qui, à bien y regarder, ne sont pas aujourd’hui fondamentalement différents de ceux qu’identifiait, il y a plus d’un demi-siècle, le colloque d’Amiens, observé de près et raconté par Suzanne Citron dont on reprend ici l’analyse.

Le venin dans les têtes, le venin dans l'école

  Le RN premier parti de France : ce n’est plus un cauchemar, c’est une réalité. Refuser de poser la question de savoir comment le cauchem...