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jeudi 3 septembre 2026

Histoire à l’école (2/2) : « une histoire des triomphes du pouvoir »

 

En dépit d’une timide évolution, les programmes officiels d’histoire pour l’école primaire applicables à la rentrée 2026 semblent bloqués sur un modèle de récit écrit il y a plus d’un siècle par l’histoire officielle de la Troisième république pour son école. L’obsession des origines plutôt que les enjeux du monde d’aujourd’hui.

Histoire à l'école (1/2) : "les autres n'existent qu'en tant qu'ennemis"

 

Les nouveaux programmes d’histoire des cycles 2 et 3, applicables à la rentrée 2026, s’inscrivent dans une longue tradition scolaire très imprégnée de roman national où le héros a la figure du guerrier et l’étranger celle de l’inconnu menaçant, formatant un imaginaire peu ouvert à l’altérité comme à la compréhension du monde d’aujourd’hui.

samedi 5 avril 2025

L’éducation morale et civique malgré Le Pen et Sarkozy ?

 

L’affaire Le Pen illustre une nouvelle fois la contradiction flagrante entre l’éducation morale et civique officielle des programmes scolaires et le cynisme avec lequel les politiques s’affranchissent des principes civiques et moraux quand ça les arrange.

vendredi 31 janvier 2025

Auschwitz : illusions et désillusions des politiques de mémoire

 

Entre mémoire collective et histoire, l’objectif affiché par l’Éducation nationale à l’occasion du 80e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, légitime quand il s’agit de faire connaître une tragédie du passé, est beaucoup plus ambigu lorsqu’il se voit chargé d’une dimension mémorielle collective empêtrée dans ses contradictions.

mardi 3 décembre 2024

Quelle légitimité pour le « choc des savoirs » ?

 

L’acte II du « choc des savoirs » (sic) lancé par Genetet reprend in extenso le programme annoncé il y a un an par Attal. Un an plus tard et un scrutin législatif perdu, la ministre en titre reprend à son compte sans scrupules et comme si de rien n’était tous les éléments d’une brutale révolution conservatrice que la simple logique démocratique devait enterrer.

lundi 15 juillet 2024

L'antisémitisme instrumentalisé : un contresens historique, une faute morale

 

Phénomène aussi ancien que les juifs eux-mêmes, l’antisémitisme semble avoir changé de nature, instrumentalisée dans une accusation bruyante portée contre une cible tout à fait inattendue : sont suspectés d’antisémitisme tous ceux qui, dans la classe politique, marquent leur distance avec le gouvernement israélien.

vendredi 14 juin 2024

Commémoration du Débarquement : une mémoire officielle contre l’histoire

 

Des jeunes en uniforme stylé SNU, marchant au pas derrière une flamme censée symboliser la liberté : le 12 mai dernier, le barnum mémoriel autour du 80e anniversaire de la Libération fait étape à Avranches.

Avec au fil des semaines, culminant en apothéose le 6 juin, parades à grand spectacle, reconstitutions estampillées « historiques », enfants des écoles mobilisés au nom d’un improbable « devoir de mémoire », dirigeants politiques théâtralisant leur présence, bénéfices commerciaux attendus (en Normandie, tous les hôtels affichent complet) : réduite à la mise en scène de quelques moments patriotiques et militaires, la mémoire collective sert à tout, à condition de savoir s’en servir ; et ce faisant, elle montre surtout l’illusion, l’insignifiance de ses prétentions pédagogiques.

vendredi 8 mars 2024

L’Éducation nationale : « un ordre étatique du savoir (...) une structure totalitaire » (Suzanne Citron)

 

Curieuse par sa genèse – terminée en 1978 mais refusée par plusieurs éditeurs – cette publication posthume de Suzanne Citron (2024) intéressera tout spécialement les enseignants. Car cette réflexion foisonnante, remontant à l’origine des hommes, aboutit tout naturellement à la question scolaire. En fil rouge, « une mise en ordre symbolique du monde », transmise en héritage au fil des siècles par une élite lettrée laissant à l’écart toute une partie de la société, privée des codes qui lui permettraient de se l’approprier. Pour Suzanne Citron, la césure entre activité manuelle et activité intellectuelle, légitimée par la hiérarchie traditionnelle – oratores, bellatores, laboratores – s’est transmise sans beaucoup de changements jusqu’à nos jours, notamment par l’intermédiaire de l’école, aboutissant à un appauvrissement arbitraire du principe d’éducation (cette vieille méfiance des éducateurs pour le corps et l’activité physique…) et s’avérant, quel que soit le régime politique, comme un redoutable outil de sélection sociale. A juste titre, Suzanne Citron rappelle comment Ferdinand Buisson, directeur de l’enseignement primaire en 1879 et reconnu comme l'un des promoteurs de l'école dite "républicaine", opposait les « aptitudes intellectuelles qui font l’homme » et les « aptitudes pratiques qui font l’ouvrier ».

mardi 2 janvier 2024

Vœux de Macron, vieux Macron

 

Les vœux présidentiels ? Traditionnellement un exercice convenu auquel il serait vain d’accorder une signification particulière. Mais la place accordée à l’école – inhabituelle en ce genre de circonstance –  perçue comme le vecteur d’un « réarmement civique » et la connotation fortement nationaliste du discours confirment que, pour l’école et plus globalement pour les jeunes, l’année 2024 est celle de tous les dangers.

vendredi 10 novembre 2023

Première Guerre mondiale : « pour en finir avec l’historiographie héritée »... à l'école

 

L’hommage aux morts dérivant vers un hommage à la guerre par la magie des programmes scolaires : ce 11 novembre ne déroge pas aux (mauvaises) habitudes, avec ses rangées d’élèves au garde-à-vous devant le drapeau, encadrés par les Anciens d’Algérie dont la présence habituelle dans les cérémonies dites du souvenir confirme plutôt qu’en ce domaine, l’Education nationale, grande organisatrice de la mémoire collective, aurait plutôt la mémoire courte… De fait, même si, au cours des dernières décennies, l’approche pédagogique  de la Première guerre mondiale a, dans une certaine mesure, diversifié ses objets, cette période de l’histoire n’en reste pas moins dominée – surtout à l’école primaire – par un souci de morale civique singulièrement teintée de patriotisme : c’est à travers ce prisme déformant – « rendre hommage à ceux qui firent le sacrifice de leur vie »  – que l’Education nationale avait conçu sa participation – et surtout celle, plus ou moins forcée, des élèves – au centenaire de la guerre, notamment par un partenariat privilégié avec le ministère de la Défense et les associations d’anciens combattants, dans une perspective résolument patriotique et militaire.

lundi 23 octobre 2023

On n’enseigne plus la Shoah ? Faux-semblants et faux procès.

 

Assimiler la critique de la politique israélienne à une forme d’antisémitisme qui découlerait d’une méconnaissance de la Shoah, imputable à un enseignement négligé à l’école : en trois propositions, ce raccourci facile où l’ignorance des programmes scolaires le dispute à la mauvaise foi, resurgit régulièrement dans le débat public au gré de l’actualité. Comme à chaque fois que le conflit israélo-palestinien embrase les esprits de ce côté-ci de la Méditerranée, c’est l’école qui fait figure d’accusée.

samedi 9 avril 2022

Marseillaise à l'école : une Education décidément trop nationale

 « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! » Scandée avec exaltation, la Marseillaise est la conclusion obligée de tous les meetings de droite et d’extrême-droite, à peine plus discrète à gauche où les symboles nationaux ont fait depuis quelques décennies un malencontreux retour en force qui coïncide – comme c’est curieux – avec la poussée électorale de l’extrême-droite. Un retour en force dans lequel l’école a tenu une place toute particulière, contribuant, à coup d’injonctions administratives répétées, à légitimer les fantasmes identitaires chez les jeunes générations et dans une large partie de l’opinion. Sans jamais être particulièrement interrogé, encore moins remis en cause par les enseignants…


Petit retour sur 40 années de Marseillaise à l’école. 

dimanche 3 avril 2022

Le venin dans la plume, le venin dans l'école

 

Avec plus d’un tiers des électeurs votant au premier tour pour Zemmour, Le Pen ou Dupont-Aignan, la victoire finale de l’extrême-droite aux présidentielles fait désormais figure des scénarios possibles. Alors qu’en 2002, l’accession de Le Pen père au second tour avait suscité une émotion considérable – des manifestations de masse suivies par un vote tout autant massif de rejet – il n’en est plus de même 20 ans plus tard, avec la banalisation de la rhétorique d’extrême-droite et son acceptation dans une large partie de l’opinion publique. Une banalisation que n’expliquent, quoiqu’en disent de savants experts, ni l’impopularité de l’actuel président (autant qu’on sache pas plus impopulaire que ses prédécesseurs à la fin de leur mandat) ni la situation économique et sociale d’un pays, qui, en dépit de ses défauts et des inégalités qui le traversent, reste l’un des plus riches du monde. L’analyse facile selon laquelle le vote d’extrême-droite serait d’abord un vote de colère, de frustration, de la pauvreté – outre qu’elle n’est étayée par aucune étude fondée – n’est pas crédible : on peine à comprendre pourquoi les plus démunis – au nom desquels d’éminents spécialistes s’autorisent à parler – apporteraient leur suffrage à des candidat.e.s dont toute l’analyse économique et sociale se ramène à l’expulsion des immigrés et à la fermeture des frontières. Une politique de brutalisation que n’effacent pas les catalogues ubuesques de dépenses (toutes chiffrées en milliards ou dizaines de milliards d’euros…) annoncées en catastrophe à quelques jours du scrutin pour soudoyer l’électeur. Après mon élection le déluge…

Dans ces conditions, il faut se poser la question de savoir pourquoi, en Europe, la France se distingue, avec constance, au fil des ans, par cette disposition impressionnante pour le vote d’extrême-droite (à comparer par exemple à l’Allemagne où le scrutin de septembre 2021 a donné 10,3 % des voix à l’AfD). Si l’on exclut ou que l’on relativise comme cause première le contexte économique et social, il faut alors se tourner vers d’autres facteurs, par exemple historiques – la France est un terreau de l’extrême-droite (voir entre autres les travaux de Z. Sternhell) – ou encore culturels. Orgueil national (même si ce dernier est largement partagé à gauche), méfiance envers l’étranger, rejet des migrants, racisme, islamophobie (dont la propagation dans le discours public même officiel n’est pas pour rien dans la fabrication du candidat Zemmour) : incontestablement, dans le vote d’extrême-droite, la motivation identitaire reste première.

Dans cette note de blog (initialement publiée le 05/11/2019), j’interroge le rôle de l’Ecole dans la formation de représentations dangereusement identitaires chez les élèves, à travers notamment les programmes d’histoire et d’EMC. A deux ans et demi de distance, je ne vois pas ce que je devrais changer à cette note…sinon pour s’inquiéter de voir, avec le SNU, se renforcer la place des rituels patriotiques obligatoires dans le cursus des élèves. Faire chanter chaque matin la Marseillaise à des jeunes au garde-à-vous devant le drapeau tricolore n’est sans doute pas le meilleur moyen de leur faire adopter un regard critique sur les fantasmes de l’extrême-droite. 

Le venin dans les têtes, le venin dans l'école

  Le RN premier parti de France : ce n’est plus un cauchemar, c’est une réalité. Refuser de poser la question de savoir comment le cauchem...