Le service public d’éducation confisqué par l’Éducation nationale et le ministre en titre : sur ce blog – de longue date – et sans doute ailleurs, tout a été dit. Resterait à en tirer les conséquences, ce qui est une autre histoire.
" Notre « crise d’identité », vraie ou supposée est, à bien des égards, une crise de l’imaginaire historique et de la vision de la chose publique. Quelle histoire commune et plurielle permettrait ici et là de lutter contre les fanatismes, les haines ou la simple désaffection ? " Suzanne Citron
Le service public d’éducation confisqué par l’Éducation nationale et le ministre en titre : sur ce blog – de longue date – et sans doute ailleurs, tout a été dit. Resterait à en tirer les conséquences, ce qui est une autre histoire.
Se présenter comme l’héritier de Jacques Delors alors qu’on en est l’antithèse, faire parler les morts quand ils ne sont plus là pour répondre : un classique des hommages officiels comme celui organisé ce 5 janvier. Se présenter comme un constructeur de l’Europe tout en remettant au goût du jour – à l’école tout spécialement – tous les fantasmes identitaires de l’extrême-droite est une imposture de plus à l’actif d’un président dont l’orgueil personnel et une vision ringarde et toute gaullienne du « rang de la France » auront plus contribué à freiner l’Europe qu’à la faire progresser.
Curieusement oublié, un rapport rédigé en 1996 pour l’UNESCO par la Commission internationale sur l’éducation pour le 21e siècle, présidée par Delors, mettait l’accent sur l’apprentissage tout au long de la vie et dégageait quatre concepts-clés : apprendre à connaître, apprendre à faire, apprendre à vivre ensemble, apprendre à être.
Quelques brefs extraits de ce rapport (toujours en ligne sur le site de l’UNESCO) confirment la régression de la pensée éducative officielle en France depuis une trentaine d’années et n’en font que mieux ressortir la violence rétrograde de la politique éducative Macron-Attal. En matière éducative également, Delors, c’est l’anti-Macron.
Des jeunes en uniforme, au garde-à-vous devant le drapeau aux accents de la Marseillaise : l’extrême-droite en rêvait, Macron le fait. Après 6 ans de mise en place laborieuse d’un dispositif qui n’a jamais rencontré le public visé, 6 ans de battage médiatique, de communication infantilisante autour d’un projet qui tourne à vide en dépit de son coût prohibitif, le SNU serait donc généralisé, imposant à l’ensemble de la jeunesse une obligation dont on ne connaît aujourd’hui d’équivalent dans aucun pays démocratique. Avec cette singularité qui semble avoir échappé à beaucoup : le transfert institutionnel et budgétaire à l’Education nationale d’une forme d’embrigadement, d’endoctrinement qui était autrefois à la charge de l’armée. Avec la mise au pas de la jeunesse autour d'une mystique identitaire, c'est aussi le service public d'éducation qui change de nature.
Les vœux présidentiels ? Traditionnellement un exercice convenu auquel il serait vain d’accorder une signification particulière. Mais la place accordée à l’école – inhabituelle en ce genre de circonstance – perçue comme le vecteur d’un « réarmement civique » et la connotation fortement nationaliste du discours confirment que, pour l’école et plus globalement pour les jeunes, l’année 2024 est celle de tous les dangers.
« Je veux… », dit le ministre. Une formule que les médias s’empressent aussitôt de relayer : « Gabriel Attal veut… » Attal veut instaurer des classes de niveau. Attal veut un examen d’entrée en lycée. Attal veut réviser le calendrier scolaire. Attal veut que les collèges soient ouverts de 8 heures à 18 heures. Attal veut un manuel scolaire officiel. Attal veut « tester » (sic) l’uniforme scolaire. Attal veut punir. Etc. Ses désirs sont des ordres et ses ordres, dans un système scolaire centralisé à l’extrême, sont immédiatement répercutés à tous les échelons de la hiérarchie jusqu’aux 60 000 établissements du pays où un million d’enseignants s’emploieront à les appliquer sans faillir à 13 millions d’élèves… même quand ces ordres, désormais consignes officielles, concordent avec le programme éducatif de l’extrême-droite.
Choqués par un tableau présenté
en classe, des élèves de 6e assimilés à des terroristes potentiels, vilipendés en plein
Parlement par le ministre de l’Éducation nationale en personne, menacés de
lourdes sanctions, cloués au pilori par les politiques, entraînant sur les
médias et les réseaux sociaux un déferlement de commentaires racistes.
Surréaliste, mais c’est pourtant ce qui se passe en France en 2023. Si les
détails de l’affaire m’échappent, comme d’ailleurs aux plus bruyants des
commentateurs, les faits relatés s’inscrivent dans le climat particulièrement
délétère créé autour d’une laïcité « à la française », qui ne peut
plus dissimuler ce qu’elle est vraiment, notamment dans ses prétentions
scolaires qui dénaturent le principe même d’éducation.
Plusieurs niveaux de lecture aux annonces d’Attal sur l’uniforme scolaire.
Le plus classique consiste à relier ce sujet aux conceptions éducatives traditionnelles de la droite et de l’extrême-droite où dominent les préoccupations d’autoritarisme (confondu avec l’autorité) et de mise au pas des élèves et des établissements scolaires, ainsi que le refus d’envisager ce que pourrait être une école qui transcende les inégalités sociales. En quelque sorte, l’uniforme à l’école plutôt que la justice. Inconnu, sauf très marginalement, dans l’histoire scolaire de la France et de l’Europe (Grande-Bretagne exceptée), le thème de l’uniforme, depuis une vingtaine d’années, n’a été promu sujet d’actualité que sous la pression – ahurissante, compte tenu de la nature du sujet – des politicien.nes de droite et d’extrême-droite (une vingtaine de propositions de loi déposées au Parlement), relayée avec une complicité et une complaisance jamais démenties par la majeure partie des médias. L’uniforme scolaire, s’il venait à être généralisé, ne remédierait en rien à l’échec scolaire ni ne toucherait à la nature d’un système construit de longue date sur la sélection sociale. En quelque sorte, l’uniforme scolaire pour se donner bonne conscience à peu de frais.
Le RN premier parti de France : ce n’est plus un cauchemar, c’est une réalité. Refuser de poser la question de savoir comment le cauchem...