dimanche 27 août 2023

Interdiction de l’abaya : les talibans de la laïcité à l’école

 

L’extrême-droite en rêvait, Macron le fait. En interdisant l’abaya dans les établissements scolaires, l’EN poursuit et amplifie la politique de harcèlement systémique dirigée contre une religion, l’Islam, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Dans un pays où 20 % des élèves sont inscrits, au sein du service public d’éducation, dans des établissements ouvertement catholiques, il faut une bonne dose de malhonnêteté pour mettre en avant une préoccupation de neutralité religieuse de l’école. Avec cette mesure discriminatoire, c’est une religion et une seule qui est visée et avec elle, toute une partie du monde objet de toutes les suspicions et des peurs les plus irrationnelles. C’est également une confirmation : jusque dans les années 60, l’Education nationale traquait les filles en pantalon ; aujourd’hui, elle traque les filles en robe. En dépit de ses dénégations et en contradiction avec ses leçons de morale généreusement distribuées par ses programmes officiels d’EMC, l’école dite de la république semble toujours avoir un sérieux problème avec les filles…


Cette interdiction de l’abaya n’est sans doute qu’une première étape. Ce n’est pas un hasard si cette décision est annoncée avec fracas par un ministre également chargé de la mise en œuvre de ce qui ressemble de plus en plus à une mise au pas de l’école (le SNU) : une police de la pensée qui commence par une police du vêtement.

jeudi 24 août 2023

Derrière les lamentations sur la chronologie perdue, une conception identitaire de l'histoire à l'école

 

Rétablir un enseignement chronologique de l’histoire ? Un grand classique de la rentrée : en reprenant bruyamment ce thème éculé, en flattant une opinion publique sensibilisée à l’histoire par des amuseurs médiatiques aux prétentions d’historiens, en lorgnant toujours plus vers l'électorat d'extrême-droite, la tirade de rentrée de Macron s’inscrit dans un champ idéologique dont la nature n’échappe à personne : en réalité, derrière les lamentations sur la chronologie perdue, avec l'affligeant visage du roman national, c'est une conception identitaire de l'histoire scolaire qui s'affirme.

lundi 14 août 2023

"... le formidable recul qu'a subi le monde depuis la Première guerre mondiale"

 

Certes, ce témoignage de Stefan Zweig doit être considéré avec un certain recul et replacé dans son contexte : l’auteur écrivant de mémoire a inévitablement tendance à embellir le passé. On ne peut non plus ignorer les souffrances endurées au tournant des 19e et 20e siècles par les millions de migrants débarqués sur Ellis Island, souffrances épargnées à un écrivain dont la renommée dépassait les frontières. Néanmoins, alors qu’aujourd’hui les migrants font l’objet de tous les fantasmes, il est bon de rappeler cette évidence : si l’on considère que l’histoire des hommes sur la Terre est celle de leurs migrations, il est pour le moins incompréhensible de voir les frontières nationales – elles, en revanche, de création récente – réactivées dans les but quasi unique d’entraver les déplacements de 8 milliards de terriens sommés de s’enfermer derrière des pointillés sur une carte de géographie…

lundi 3 juillet 2023

Valeurs de la république à l'école : l'EMC, une escroquerie morale et civique

Des manifestants effectivement très jeunes, échappant à tout contrôle : pour l’école, le retour de bâton ne devrait guère se faire attendre, comme à chaque fois que des désordres politiques et/ou sociaux conduisent les pouvoirs publics, en phase avec une large partie de l’opinion, à désigner un bouc émissaire plutôt qu’à se remettre eux-mêmes en cause. Comme à l’accoutumée, à l’école, le tour de vis prendra l’allure d’une imploration/déploration morale et civique déclinant l’inépuisable filon des valeurs de la république. Comme à l’accoutumée, on fera semblant d’ignorer que non seulement l’éducation dite morale et civique (EMC) fait depuis toujours, sous des modalités et des appellations diverses, l’objet de prescriptions officielles mais qu’elle a pris, tout spécialement depuis 2015, lorsque l’école avait été déclarée responsable des attentats terroristes, une dimension proprement obsessionnelle, l’Education nationale charriant un flot continu d’injonctions, de directives, d’instructions, chargées de remettre la jeunesse (mais pas ses aînés…) dans le droit chemin. Mais la vérité est cruelle : ces jeunes émeutiers qui pillent, vandalisent, incendient, ces élèves de collèges et lycées, ont tous été biberonnés aux valeurs de la république, ils ont tous chanté la Marseillaise, ils ont tous récité leur leçon. Pour des résultats qui ne sautent pas aux yeux. Dans ces conditions, avant de rajouter une louche de valeurs de la république – ce qui ne manquera pas d’arriver – il serait sans doute pertinent d’interroger leur énonciation scolaire. C’est l’objet de cette note de blog (déjà publiée le 23/10/2020) qui s’intéresse aux derniers programmes d’EMC. En attendant les prochains qui ne sauraient tarder… 

vendredi 30 juin 2023

"Les fiascos de l'Etat républicain"

Des émeutiers souvent très jeunes, à la peau sombre : on pressent que d’ici peu, l’école sera à nouveau conduite au banc des accusés, sommée de rendre des comptes, accusée d’avoir failli à sa mission éducative et civique. Comme en 2005, comme en 2015, les mêmes accusations - « à l’école, on a laissé passer trop de choses… » (Valls après les attentats) - les mêmes censeurs bloqués dans un système de références héritées du passé (un passé d’ailleurs souvent fantasmé), déconnectées du monde d’aujourd’hui. En réponse à ce chœur des pleureuses, on renvoie à la lecture toujours stimulante du Mythe national de Suzanne Citron, notamment dans les extraits ci-dessous où elle dénonce les "fiascos de l'état républicain". Si l’on tient vraiment à impliquer l’école dans les troubles d’aujourd’hui, encore faudrait-il que ce soit pour de bonnes raisons... et pour en tirer les bonnes conclusions. On peut toujours rêver...

jeudi 29 juin 2023

Colère légitime, violences gratuites

Racisme dans la police ? La chose n’est pas nouvelle, c’est même une vieille tradition française (Charonne, octobre 1961, etc ), confirmée par nombre d’enquêtes dignes de foi (je ne parle pas des journalistes dits indépendants que la violence de rue fait jouir et qui l'entretiennent) et surtout symptôme d’un régime politique (la république dite universaliste, un comble…) qui n’a jamais été capable de gérer correctement la diversité. Pour abattre à bout portant un conducteur qui refusait d’obtempérer, il fallait qu’il se sente bien sûr de lui, ce policier de Nanterre…ou qu’il ait été bien mal formé. Est-ce une raison suffisante pour voir dans la violence de rue la suite légitime d'une violence policière ?

samedi 20 mai 2023

SNU sur temps scolaire : la faute de l’Education nationale

Le SNU sur temps scolaire, suivant les mêmes règles et modalités que celles d’un voyage scolaire, c’est le nouvel avatar de la mise en place d’un dispositif assumé sans complexe par le service public d’éducation. Bien autre chose qu'une simple tocade présidentielle. En tout état de cause, les annonces qu’a laissé filtrer la secrétaire d’état qui en a la charge confirment que le SNU est d’abord la chose de l’Education nationale, promotrice et organisatrice d’une forme de décervelage collectif dont l’armée – d’ailleurs curieusement peu présente dans le SNU – avait autrefois le monopole.

Le venin dans les têtes, le venin dans l'école

  Le RN premier parti de France : ce n’est plus un cauchemar, c’est une réalité. Refuser de poser la question de savoir comment le cauchem...