C’est tendance : depuis plusieurs semaines, la France dite insoumise s’est lancée, à la suite de son chef, dans une scabreuse comparaison entre la France de 1789 et celle de 2022, rêvant d’un assaut contre l’Elysée dans la continuité de la marche des femmes sur Versailles en octobre 1789 ou encore faisant des salariés-actionnaires de Total les héritiers d’un petit peuple confronté aux disettes récurrentes de cette même période. Pas moins. L’anachronisme de l’analyse n’a pas vraiment troublé les certitudes des militants qui semblent avoir oublié cette saine maxime de L. Febvre : « l’histoire qui sert est une histoire serve ».
De fait, à plus de deux siècles de distance, seule une singulière sacralisation de la Révolution française autorise une récupération politicienne qui n’apporte rien à la compréhension d’un événement que Suzanne Citron considère comme l’un des éléments constitutifs du « Mythe national », composante obligatoire d’une religion à visée patriotique enseignée aux enfants des écoles, au même titre que la succession des rois, des batailles, balisée par la galerie de portraits officiels toujours au programme d’histoire de l’école élémentaire.
Dans les extraits qui suivent (succincts mais le lecteur intéressé peut se reporter au texte intégral, dernière édition, 2017), tirés du « Mythe national » (première édition, 1987), Suzanne Citron analyse les biais et les failles de cette vision partielle et partiale de la Révolution française.