vendredi 8 mai 2026

Loi Yadan et Israël : l'Arabe comme ennemi commun

 

Si, à l’Assemblée nationale, la cause d’Israël est défendue avec autant de vigueur à droite et à l’extrême-droite, au point d’amalgamer antisionisme et antisémitisme, ce n’est évidemment pas en mémoire de la Shoah ni même avec le souci de défendre les juifs français, mais plus simplement parce que l’état israélien est, sur place, l’expression d’un racisme libéré de toute contrainte.

 

Sur une planète de plus de 8 milliards d’habitants, comment un petit pays de 10 millions d’habitants peut-il à lui seul générer un tel désordre ? Aussi bien dans son environnement proche, le Moyen Orient, qu’un peu partout dans le monde. Depuis sa création il y a presque 80 ans, cet état s’est édifié sur une constante : le mépris pour les Palestiniens – une variante du racisme anti-arabe – et son corollaire, la violence militaire exercée sans scrupules, de plus en plus désinhibée, comme on peut le voir à Gaza ou en Cisjordanie. Un sentiment d’être toujours dans son bon droit, un sentiment de non-culpabilité, que viennent justifier des fantasmes messianiques aussi irrationnels qu’anachroniques.

80 ans d’existence, 80 ans de guerre, 80 ans de désordre dont l’impact se fait sentir un peu partout dans le monde, notamment en Europe où la mauvaise conscience de la Shoah (1) fait singulièrement oublier que la création en Palestine de l’état d’Israël découle pour une bonne part de la volonté des Européens (déclaration Balfour) de se débarrasser en terre étrangère de ce qu’ils ont longtemps considéré comme « un problème juif… la question juive ». Alors que le problème était plutôt le fait d’une Europe chrétienne qui n’acceptait pas les différences.

La Shoah, tout comme l’expulsion des juifs de territoires où ils étaient chez eux depuis des siècles, c’est bien l’Europe chrétienne qui en porte l’entière responsabilité… et non les Arabes, contrairement à l’imposture en germe dans la proposition de loi Yadan sous-tendue par une manipulation de l’histoire : si, à l’Assemblée nationale et en France, la cause d’Israël est défendue avec autant de vigueur à droite et à l’extrême-droite (où pullulent toujours les nostalgiques de Pétain), au point d’amalgamer antisionisme et antisémitisme, ce n’est évidemment pas en mémoire de la Shoah ni même avec le souci de défendre les juifs français, mais plus simplement parce que l’état israélien, depuis sa création, s’est fait le fer de lance, le porte-drapeau d’un racisme anti-arabe institutionnellement assumé (cf la peine de mort pour les Palestiniens), avec une violence exterminatrice qu’il est le seul à pouvoir se permettre… quand en France le racisme anti-arabe, même virulent, reste contenu par le droit dans certaines limites. Limites d’ailleurs toujours repoussées comme l’illustre par exemple le cas du fils Sarkozy dont les éructations racistes (« qu’ils crèvent tous », à propos des habitants de Gaza) n’ont déclenché aucune poursuite.

La proposition de loi Yadan n’a donc pas pour objet de lutter contre « les formes nouvelles de l’antisémitisme » mais d’interdire toute critique légitime adressée à un état construit sur une détestation des Arabes, détestation commune en Israël et chez le législateur français, ce dernier étant censé se montrer plus discret dans son expression.

Un état fondé sur le racisme et la déshumanisation de l’autre, un état de cette nature est-il légitime ? La résistance à cet état est-elle un fait de terrorisme ?

Si la proposition de loi Yadan qui répond par l’affirmative à ces deux questions, devait finalement être adoptée, elle serait si peu fondée qu’elle perdrait toute autorité. Reste que, par son existence même, elle ne ferait que renforcer le pouvoir de nuisance d’un état de 10 millions d’habitants sur la marche du monde.

(1) « La question qui se pose […] est de savoir combien de temps l’histoire de l’antisémitisme et de l’holocauste va-t-elle exempter Israël des arguments et des sanctions qu’appellent ses agissements envers les Palestiniens, arguments et sanctions appliqués à d’autres gouvernements répressifs, tels que celui de l’Afrique du Sud. Combien de temps encore allons-nous nier que les pleurs des gens de Gaza…sont directement connectés aux politiques du gouvernement israélien et non aux victimes du nazisme ? »  Edward Said, The Politics of Dispossession, 1994, cité dans Dominique Eddé, Edward Said, Le roman de sa pensée, La Fabrique éditions, 2017.

Sur ce blog

" Affectivité irrationnelle... indulgence... cécité à l'égard d'Israël " (Suzanne Citron) 

 

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