jeudi 26 septembre 2024

"La souffrance, la discipline, les rites" : l'idéal éducatif de Genetet

 

Peut-on confier sans risques le service public d’éducation à une ministre qui voit dans « la souffrance, la discipline, les rites » un fondement de l’éducation ? Si ses fantasmes se concrétisent en programme, l'école a du souci à se faire.

Il aura fallu trois semaines de magouilles politiciennes qui décrédibilisent toujours un peu plus ce régime politique pour que l’Education nationale se voit affublée d'une nouvelle ministre, la sixième en un peu plus de deux ans. Incompétente et illégitime pour un poste qui ne correspond en rien à son CV, elle a, au cours des derniers mois, laissé filtrer un certain nombre de déclarations qui laissent peu de doutes sur l’orientation de sa politique.

Macronienne avérée, A. Genetet le manifeste (22/01/2024) en décernant un satisfecit sans nuances à la politique menée depuis 2017 : « De nombreux chantiers ont déjà été lancés pour renforcer l’éducation, notamment au niveau du primaire. Il faut maintenant reconstruire la période (sic) du secondaire. » Sorti en droite ligne des éléments de langage de ses prédécesseurs Blanquer et Attal, son credo tient dans un poncif : « rebâtir une école républicaine plus solide sur ses fondamentaux. » Choc des savoirs, classes de niveau, contrôle des enseignants et des élèves : avec Genetet, la brutalisation du système éducatif est toujours au programme, comme le confirme d’ailleurs sa volonté de voir généralisé le SNU : « Pour renforcer la cohésion républicaine, nous envisageons aussi la généralisation du Service National Universel à tous les élèves de seconde. »

5 milliards d’euros (dernier chiffrage de la Cour des comptes) détournés chaque année des budgets éducatifs pour satisfaire le caprice du prince : ce n’est manifestement pas un détail pour la nouvelle ministre de l’Education si l’on en juge par sa déclaration hallucinante devant la Commission de la défense de l'Assemblée nationale (le choix d’une commission parlementaire n’est jamais neutre…) le 14 mai dernier : « … le principal défi réside dans le fait que l’esprit de défense n’est pas inné. Il doit être cultivé en chaque citoyen, dès le plus jeune âge, pour permettre la défense de la nation par elle-même. » Poursuivant sur la JDC : « … il s’agit de mettre en œuvre la souffrance, la discipline et les rites ; cela pourrait inspirer notre jeunesse. » A-t-on bien lu, a-t-on bien entendu ? La souffrance, la discipline, les rites, comme source d’inspiration de la politique éducative officielle : dans une période de l’histoire où les repères tombent les uns après les autres, avec un système éducatif qui s’est déjà lourdement compromis en se faisant le maître d’œuvre d’un dispositif militaro-patriotique intégré au cursus des élèves, les déclarations extravagantes et irresponsables d’une députée à qui les machinations de couloir ont bien inconsidérément confié le système public d’éducation, font froid dans le dos.

La nomination de Genetet à la tête de l’Education nationale (couplée à celle, tout aussi inquiétante, de Nasrou à la « citoyenneté ») marquera -t-elle une étape de plus dans la dérive identitaire et autoritaire du système public d’éducation ? Mais celle-ci pourrait être décisive et l’indifférence marquée d’une large partie des personnels pour cette menace ne porte pas à l’optimisme.

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