mardi 3 novembre 2026

Lycées : infantiliser, brutaliser

 

Elles éclatent à la figure ces vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux ; elles documentent la répression décomplexée d’une contestation juvénile spontanée ; elles sont à l’image d’un moment où la peur du désordre l’emporte sur le principe d’éducation.

Quels que soient les débordements qui ont pu émailler cette mobilisation, le déploiement policier hors norme eu égard à l’âge des manifestants s’inscrit dans un contexte plus large de brutalisation des élèves où la surveillance policière rentre peu à peu dans les habitudes. Le défoulement désinhibé de policiers sur de tout jeunes élèves, leur morgue affichée, sont en quelque sorte dans la logique des fouilles policières régulièrement organisées à l’entrée des établissements, manifestations d’une violence institutionnelle mise en spectacle. Dans la logique également d’une infantilisation des élèves qui se voient refuser toute expression d’une personnalité propre, à travers des mesures plus humiliantes que formatrices (uniforme scolaire, interdiction des réseaux sociaux, des portables etc).

Les incidents voire les maladresses qui accompagnent le mouvement lycéen, mises en avant par le ministre et grossièrement exploitées par une partie des médias, ne doivent pas faire oublier l’essentiel : lorsque des élèves prétendent sortir du cadre qui leur est imposé et des normes censées les identifier, ils s’exposent à une réaction d’incompréhension et de méfiance puis de violence. La contestation menée par des élèves, quel qu’en soit le motif, est par définition interdite, la parole étroitement contrôlée par un principe d’autorité qui ne souffre pas la contestation.

Pour l’apprécier à sa juste valeur, la violence exercée ces derniers jours contre la libre expression des élèves, leur autonomie, leur prise de responsabilité, doit être mise en miroir avec les prescriptions officielles de l’Éducation nationale toujours prompte à mettre en avant sa mission d’éducatrice morale et civique… tant qu’elle reste dans les textes.

Et quel concours de circonstances ! Quelques jours après avoir subi violences et humiliations, les mêmes élèves sont tenus, le 13 octobre, de rendre un hommage, sous forme d’une minute de silence, officiellement à la mémoire de S. Paty et de D. Bernard, mais en réalité à un ordre scolaire qui les aura brutalisés. Les directives officielles qui accompagnent cette journée ne manquent pas de saveur. Elles doivent être lues en gardant en mémoire les scènes vécues ces derniers jours devant les grilles des lycées :

« Le temps de réflexion [précédent l’hommage] peut porter […] sur les valeurs et principes de la République, sur la liberté d’expression, la construction de l’esprit critique, etc. […] Au-delà du temps de l’hommage, la mission de l’institution scolaire est de transmettre au quotidien une culture démocratique qui s’appuie sur le respect des droits de l’homme et de l’État de droit. […] Cette culture du débat démocratique se construit à la fois dans les enseignements, dans les différents projets d’éducation à la citoyenneté et actions inscrites dans le parcours citoyen des élèves. […] Par sa vocation émancipatrice, l’École est un rempart essentiel contre l’obscurantisme. La formation de la personne et du citoyen se fonde sur la transmission des principes et valeurs inscrites dans la Constitution de notre pays, dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 et dans l'ensemble des grands textes des droits de l'homme, européens et internationaux. La connaissance et l'appropriation des droits et libertés fondamentales garantissent le respect de la dignité humaine, le refus de la haine et de la violence… »

C’est une confirmation : à l’école, l’éducation morale et civique ne vaut que pour les heures de cours qui lui sont réservées, alimentées par les publications officielles de l’Éducation nationale dont on peut se demander si, dans le contexte actuel, elles relèvent de la provocation ou du second degré.

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