lundi 19 octobre 2026

Fouille des élèves : une violence institutionnelle mise en spectacle


Cela ne surprend même plus : la fouille policière des élèves à l’entrée des établissements scolaires est rentrée dans les mœurs. Par sa violence symbolique, cette initiative gouvernementale (printemps 2025), illustration du populisme éducatif, renforce l’image de l’école vue comme lieu d’enfermement.

Bouguenais, un lycée de la banlieue nantaise ce lundi matin de septembre. Devant les grilles, des gendarmes à la mine pas franchement accueillante positionnés pour un contrôle des sacs inopiné mais pas vraiment inattendu tant cette pratique humiliante s’est répandue à l’entrée des lycées, des collèges, des écoles primaires. Opération d’autant moins inattendue qu’elle est le plus souvent relayée avec complaisance par les médias locaux alertés en amont. Allez savoir par qui : le procureur à l’origine de l’opération, le Dasen, le chef d’établissement, les trois à la fois ? La chose est d’importance car ce contrôle des sacs est d’abord une mise en scène offerte à une opinion publique conditionnée par l’information résolument anxiogène délivrée par les médias. Un canif est nécessairement un poignard, un compas, un parfum, des armes par destination et, pourquoi pas, un élève un terroriste potentiel ou un trafiquant de drogue. Notons que le ridicule et la honte ne tuent jamais l’organisateur, comme c’est le cas lorsque des policiers armés comme s’ils partaient en guerre s’affairent, l’air préoccupé – le jour de départ en grandes vacances, traditionnellement jour de fête – autour d’enfants de 6 ans incrédules ou apeurés (scène vue par l’auteur de cette note).  

Bien plus que pour leur efficacité quasi nulle en termes de sécurité (et semant plus d’une fois la pagaille à l’entrée de l’établissement), la fouille des sacs relève du registre de la communication politique : sans journaliste pour en porter témoignage, elle perd toute son utilité.  Comme beaucoup d’autres opérations sécuritaires de même type (opérations place nette…), elle répond à un objectif : sous prétexte de protéger les élèves, elle a en réalité pour but de les surveiller et surtout d'alimenter dans une opinion qui n’y est déjà que trop portée un sentiment de méfiance envers les jeunes, de peur, entretenu par une surenchère dont le principe est de ne jamais s’arrêter. De fait, le passage prépositionné d’un check point militarisé (que certains voudraient voir pérennisé) à l’entrée de l’établissement n’est que le premier d’une série d’obstacles de type sécuritaire que les élèves doivent franchir chaque matin : grilles renforcées qui donnent à certaines écoles des allures de prison, tourniquets, vidéosurveillance, contrôle des portables, des longueurs de robe etc. Autant de dispositifs bien visibles quoique d’aucune efficacité, mais toujours plus vexatoires  qui fait de tout élève, même du plus jeune, un délinquant en puissance. 

De façon significative, la fouille à l’entrée des écoles – initiative conjointe Borne-Retailleau – remonte au printemps 2025, au moment où l’Éducation nationale, sévèrement compromise dans le scandale Bétharram, annonçait vouloir faire de la protection des élèves autre chose qu’une déclaration d’intention. Les deux ministres lançaient une nouvelle campagne de communication sur un de leurs  thèmes de prédilection : la violence à l’école. Non pas la violence de l’école, celle des surveillants cogneurs et des directeurs violeurs, non pas la violence éducative ordinaire mais la violence imputée aux élèves, « sauvageons…barbares…perturbateurs », qui hantent le cerveau des politiciens sans doute davantage que les salles de classes.

Par un renversement de culpabilité, à un moment où l'on fait semblant de découvrir l'effarante banalité des violences physiques, psychologiques, sexuelles perpétrées sur les enfants au sein même d'établissements censés les protéger, la fouille des élèves est alors présentée comme la réponse des pouvoirs publics, de l’Éducation nationale, à une violence endémique dont les élèves ne seraient plus les  victimes mais les responsables. L’effet d’image est saisissant et c’est à ce titre que la presse locale, en la relayant fidèlement à la demande des autorités, contribue à entretenir un climat anxiogène et un fort sentiment de méfiance à l’égard des élèves concernés. Puisque l’entrée  de l’école fait l’objet d’une telle surveillance, c’est qu’il doit y avoir une raison…

Si les vertus d’un encadrement policier des élèves peuvent flatter et rassurer une partie de l’opinion – c’est son objectif – il faut comprendre que cela se fait au détriment du ressenti et du vécu des élèves, exposés au regard des autres dans une posture d’humiliation, de rabaissement, d’infantilisation. Au détriment, également, de la relation de confiance entre l’élève et l’éducateur, notoirement dégradée en France en comparaison des pays voisins. Atteinte à l’intimité par la fouille des effets personnels, sentiment de honte et d'incompréhension, retentissement psychologique (anxiété, sentiment d’insécurité, colère) : autant d’éléments dont l’institution scolaire paiera peut-être un jour le prix. Ce qu’on attend d’un élève à l’entrée de l’établissement, c’est qu’il manifeste sa soumission pleine et entière à la volonté de l’autorité. Comme l’uniforme scolaire, tout autant inopérant en termes de climat d’établissement et de motivation personnelle, la fouille des élèves relève d’une symbolique brutale parfaitement assumée par ceux qui la mettent en œuvre et qui fait sens.

Par tradition, l’école française a toujours fait passer l’obéissance, la coercition, avant l’émancipation, la responsabilisation et, plus simplement, le respect pour la personne des élèves. Incontestablement, la mise en spectacle de la fouille policière à l’entrée des établissements est une étape supplémentaire dans ce qui ressemble à une violence institutionnelle assumée… et aujourd’hui encore davantage revendiquée dans un contexte électoral écrasé par le populisme éducatif. Autorité (dans le sens vertical et punitif), internat, uniforme, école sanctuaire, etc : une large partie du spectre politique et de la société revendique pour l’école une fonction d’enfermement, de mise à l’écart de ses propres enfants vus davantage comme une menace que comme une composante naturelle de la société. On comprend alors que la fouille des élèves en dit sans doute plus long sur la société qui la cautionne que sur ceux qui la subissent.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Le venin dans les têtes, le venin dans l'école

  Le RN premier parti de France : ce n’est plus un cauchemar, c’est une réalité. Refuser de poser la question de savoir comment le cauchem...