mercredi 26 août 2026

Sanctionner un élève à cause de ses parents : avec l'Education nationale, tout est possible

 

Sanctionner un élève pour une faute qu’il n’a pas commise : en 2004, Fillon, ministre de l’Éducation nationale, en autorisant les punitions collectives dans les classes (circulaire du 19/10/2004) ouvrait la voie à un déni d’éducation, un déni de justice. Avec le décret du 28/07/2026, « relatif à la protection de la communauté éducative » (sic), Geffray s’inscrit dans une même pensée, celle d’une administration qui croit pouvoir contourner les principes du droit et de la justice quand bien même ils devraient bénéficier aux élèves. « Lorsque le comportement d'un membre de la famille d'un élève […] fait peser un risque caractérisé sur la sécurité ou la santé d'un membre de la communauté éducative ou compromet gravement le déroulement des activités d'enseignement ou le fonctionnement normal de l'école, le directeur académique des services de l'éducation nationale, saisi par le directeur de l'école, peut, à l'issue d'un dialogue avec les parents de l'élève, demander au maire de procéder à la radiation de cet élève de l'école et à son inscription dans une autre école de la commune […] » Autrement dit, même lorsqu’un élève n’a commis aucune faute, le chef d’établissement peut demander son exclusion.

Dans une rhétorique typique de l’Éducation nationale qui lui fait adopter et appliquer une mesure contraire au principe affiché, la circulaire précise par ailleurs : « Dans l'intérêt supérieur de l'enfant, l'élève fait l'objet, dans sa nouvelle école, d'un suivi pédagogique, éducatif et social renforcé jusqu'à la fin de l'année scolaire en cours. » On est donc censé comprendre que pour « protéger la communauté éducative » et garantir « l’intérêt supérieur de l’enfant », la seule solution envisageable consiste à exclure ce dernier… En arriver à un tel niveau d’absurdité dit quand même quelque chose sur le ministre et sur les services qui s’emploient à mettre en œuvre ses directives.

Absurde car si l’équilibre entre les trois sommets du triangle éducatif (élève – famille – école) est par nature difficile à assurer, il est vain d’espérer résoudre un problème en le déplaçant de quelques kilomètres. Sans avoir au préalable pris la mesure du différend qui oppose les parents à l’établissement, il est même probable qu’une décision assimilée à une punition ne fera que le renforcer, en particulier en faisant perdre à l’enfant la confiance qu’il pouvait encore avoir pour l’institution, confiance sans laquelle aucune éducation n’est possible à moins de considérer cette dernière comme un dressage. Comme dans le cas de la circulaire Fillon sur les punitions collectives, une exclusion non fondée sur le comportement objectif de l’élève est la marque d’une violence symbolique qui décrédibilise aux yeux des élèves l’autorité qui en prend la décision.

Mais en apposant sa signature à ce décret, l’objectif du ministre est-il vraiment de protéger la communauté éducative ou d’améliorer le climat d’établissement ? 

A l’école primaire, 4 incidents graves signalés pour 1000 élèves (année 2024-2025) ne permettent pas de conclure à un état général de l’école qui autoriserait à gérer la discipline par des abus de pouvoir. C’est pourtant la voie choisie par le ministre qui semble davantage préoccupé par le calendrier politique que par le calendrier scolaire ou plus exactement qui aurait furieusement tendance à mélanger les deux, comme le montrent ses dernières initiatives qui sont autant d’annonces politiques : consignes de « rigueur » données aux correcteurs du bac et du DNB, consignes qui, au passage, ont davantage contribué à ridiculiser le ministre qu’à renforcer sa crédibilité, interdiction du portable en lycée, annonces auxquelles on peut ajouter, même si elle n’est pas du ressort direct de l’Éducation nationale, l’interdiction des réseaux sociaux qui devrait principalement toucher les élèves de collège. A l’entrée d’une année électorale, le ministre multiplie les annonces électoralistes, destinées non pas à résoudre tel ou tel problème, à faire avancer la réflexion mais, en multipliant les mesures simplistes à fort écho symbolique, à rassurer un électorat conservateur : c’est la définition du populisme éducatif. D’autres sont attendues pour la rentrée comme la mise en place annoncée d’un cérémonial militaro-patriotique propre à flatter l’électeur d’extrême-droite.

Punir un élève sans avoir à se justifier, infliger à un enfant une sanction qu’on n’administrerait pas à un adulte, l’enfermer dans un état d’infériorité et de soumission : l’Éducation nationale, qui semble déjà avoir oublié ce qui a rendu possible Bétharram, s’enferre dans un infantisme qui s’appuie sur des formes variées de domination, d’humiliation, de surveillance abusive. Ce dernier décret pris en catimini pendant l’été, le temps de tous les coups fourrés, renvoie à un vrai problème politique portant sur la place et le rôle que la société reconnaît aux enfants. Il serait bon que ce problème soit posé publiquement avant que le vent mauvais qui souffle sur l’éducation ne vienne tout emporter.

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