« Le cerveau de nos enfants et de nos adolescents n'est pas à vendre. Leurs émotions ne sont pas à vendre, ni par les plateformes américaines, ni par des algorithmes chinois. » C'est en ces termes que Macron cherche à justifier l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Discutée et votée en procédure d’urgence, cette interdiction en dit probablement davantage sur ses instigateurs que sur le public visé. Comme c’est souvent le cas lorsque les politiques interviennent dans le domaine éducatif, elle signe le primat de la facilité sur la complexité des choses, de la pensée binaire sur la nuance, de l’effet d’annonce sur l’efficacité réelle, du court terme des sondages d’opinion et des ambitions politiciennes sur le temps long de l’éducation. Ni les dangers réels ou supposés des réseaux sociaux ni quelques drames récents amplifiés et instrumentalisés ne justifient le choix d’une interdiction totale que, soit dit en passant, la France est le seul pays de l’UE à avoir, à cette heure, adopté. Le harcèlement scolaire, mis en avant pour justifier la mesure, n’a pas attendu les réseaux sociaux ni le téléphone portable pour exister, il perdurera sans eux sous une autre forme puisque, en privilégiant l’interdiction sur l’éducation, on s’empêche de remonter à l’origine du phénomène